Je suis sortie de ce film avec la gorge serrée et les poings fermés.
Pas juste triste — révoltée.
Je m’appelle Loh Kiwan, ce n’est pas un film qu’on regarde en mangeant des popcorns.
C’est un film qui t’étouffe, qui t’ouvre les yeux, qui te force à te demander :
“Comment on peut encore laisser des gens vivre (ou plutôt survivre) comme ça ?”
Parce que ce qu’on voit ici, c’est la cruauté tranquille du monde.
Celle qui ne crie pas, qui ne frappe pas, mais qui t’efface doucement.
C’est le regard froid des frontières, la bureaucratie sans visage, la fatigue de devoir prouver qu’on mérite de vivre.
🌍 L’exil, ce n’est pas un voyage. C’est une chute lente.
Loh Kiwan ne fuit pas un pays, il fuit une prison à ciel ouvert.
Il fuit la faim, la peur, le silence imposé.
Et ce qu’il trouve à l’Ouest, ce n’est pas la liberté.
C’est une autre forme de mur : les papiers, les regards, la méfiance, le rejet.
Il arrive en Belgique avec trois mots d’espoir et une poignée de poussière dans les poches.
Et tout ce qu’il reçoit, c’est du froid.
Un froid qui n’est pas celui du climat — c’est celui des gens.
Ce film, il fait mal parce qu’il ne cherche pas à te consoler.
Il te montre ce que c’est, vivre dans un monde où ton existence gêne.
Et pourtant… malgré tout, Loh Kiwan tient bon.
Il avance.
Et c’est là que le film devient beau : dans sa rage silencieuse, sa dignité intacte, sa lumière minuscule.
💔 L’humain, même au milieu du dégoût
Il y a Marie.
Elle aussi, elle a perdu la foi en tout.
Et quand ces deux-là se croisent, c’est pas l’amour façon cinéma.
C’est de la survie à deux.
C’est deux êtres qui se tiennent la main pour ne pas s’effondrer.
Leur lien, c’est une cicatrice commune.
Et dans ce monde qui ne leur laisse rien, ils trouvent la seule chose qu’on ne peut pas leur retirer : un peu d’humanité.
J’ai ressenti une colère sourde pendant tout le film.
Parce que c’est trop réel.
Parce que des “Loh Kiwan”, il y en a partout.
Des gens invisibles, fatigués, qu’on juge sans même les regarder.
Et ce film a eu le courage de ne pas les maquiller.
De les montrer tels qu’ils sont : humains, usés, mais encore debout.
🍲 Le juk — le goût du peu, le goût du vrai

Il y a une scène, simple.
Un repas.
Juste un bol chaud.
Et ce geste : offrir à quelqu’un un peu de nourriture quand toi-même tu n’as presque rien.
Ce geste, c’est tout le film.
C’est la tendresse au milieu du désespoir.
C’est la preuve que l’humanité survit encore, malgré tout.
Et ce plat, ce bol de riz, c’est le juk (죽) — la bouillie coréenne.
Pas belle, pas spectaculaire.
Mais essentielle.
C’est le plat de ceux qui n’ont plus la force.
Le plat des malades, des épuisés, des survivants.
Un plat qui dit : “Tu existes encore, mange, reprends un peu de force.”
🌾 Recette du Juk de survie (mais plein d’amour)
🥣 Ingrédients
- 100 g de riz rond
- 700 ml d’eau
- 1 c. à soupe d’huile de sésame grillé
- Une pincée de sel
- (Optionnel : un peu de poulet effiloché ou de légumes)
- Graines de sésame et oignons verts
🔥 Préparation
- Rince le riz, laisse-le tremper.
- Fais-le revenir doucement dans l’huile de sésame.
- Verse l’eau petit à petit.
- Laisse cuire longtemps, à feu doux, sans précipiter.
- Quand la texture devient crémeuse, ajoute juste une pincée de sel.
Rien de luxueux.
Juste chaud. Juste humain.
C’est le plat qu’on prépare quand on n’a plus rien, mais qu’on veut quand même offrir quelque chose.
C’est le goût de la dignité.
⚡ Ce que ce film m’a laissé
J’ai eu mal.
Et je crois que c’est pour ça que c’est un grand film.
Parce qu’il m’a mise face à ce que j’oublie trop souvent :
que la souffrance, ailleurs, a les mêmes yeux que moi.
Je suis sortie de là en colère.
Mais une colère qui ne détruit pas — une colère qui réveille.
Celle qui te fait te dire que tu veux être un peu meilleure, un peu plus attentive.
Parce qu’on ne peut pas tout changer, mais on peut refuser d’être indifférent.
Et si ce film devait résumer quelque chose, ce serait ça :
tant qu’il reste un peu de chaleur à donner, il reste une raison de continuer.
📖 K-Drama & Cuisine — Quand les émotions ont un goût
C’est ce genre d’émotion qui m’a poussée à écrire K-Drama & Cuisine.
Parce que la cuisine, c’est une mémoire.
Un acte de résistance.
Un moyen de dire “je suis encore là”.
Chaque plat que j’y raconte vient d’un drama, d’un film, d’une émotion.
Et le juk, cette bouillie silencieuse, y aurait sa place tout naturellement — comme un rappel :
on peut être brisé, mais toujours humain.
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