🌷 Le printemps en Bulgarie : souvenirs d’une enfance à Dobrich et traditions que je transmets à mes enfants

Le printemps en Bulgarie a toujours été pour moi plus qu’une saison : c’est un moment chargé d’émotions, de couleurs et de symboles.
Je suis née à Dobrich, dans le nord-est de la Bulgarie, une ville où la nature et la culture se mêlaient dans une harmonie simple.
Quand j’étais enfant, au début des années 1990, le printemps avait un parfum particulier — celui de la terre humide après la neige fondue, du pain chaud du matin et des fleurs qu’on voyait enfin renaître après les longs mois d’hiver.

Aujourd’hui encore, bien que je vive au Luxembourg, je garde cette même joie à l’arrivée du printemps. C’est la saison où je transmets à mes trois enfants tout ce que j’ai connu et aimé en Bulgarie : les rituels, les couleurs, les histoires et la magie d’un peuple profondément lié à la nature.


🌸 Baba Marta et les martenitsi : le sourire du mois de mars

En Bulgarie, le mois de mars commence toujours avec un sourire : celui de Baba Marta.
Le 1er mars, toute la ville s’anime. À Dobrich, dans les rues, sur les marchés, dans les écoles, on voit partout du rouge et du blanc : les couleurs des martenitsi.

Quand j’étais petite, ma mère nous préparait ces petits fils tressés dès la veille. Elle disait que le rouge symbolisait la santé et la vitalité, et le blanc, la pureté et la chance. Ensemble, ils étaient un vœu pour une année heureuse.
Le matin du 1er mars, avant d’aller à l’école, elle attachait une martenitsa à mon poignet et disait doucement :

“Que Baba Marta te garde en bonne santé, mon enfant.”

À l’école, c’était une vraie fête. On échangeait nos martenitsi entre amis, parfois même avec nos professeurs. Les fenêtres étaient décorées, les enfants riaient, et tout semblait plus léger.
Et puis venait le moment magique : lorsqu’on voyait la première cigogne ou un arbre en fleur, on retirait notre martenitsa et on la suspendait à une branche. À Dobrich, les parcs se remplissaient alors de petites guirlandes rouges et blanches qui dansaient au vent — un spectacle que je n’ai jamais oublié.

Aujourd’hui encore, au Luxembourg, je perpétue cette tradition avec mes enfants. Chaque 1er mars, nous fabriquons ensemble nos martenitsi. Je leur raconte l’histoire de Baba Marta, cette vieille dame au cœur changeant, et nous accrochons nos bracelets quand le printemps pointe le bout de son nez. C’est ma façon à moi de garder un lien vivant avec ma Bulgarie.


🌼 Lazarki : les jeunes filles et les chants du printemps

Quelques semaines plus tard vient une autre tradition chère à mon cœur : Lazarovden, la fête des Lazarki.
À Dobrich, comme partout en Bulgarie, c’est un moment de grâce. Les jeunes filles portent leurs plus beaux habits traditionnels — des chemises brodées, des jupes colorées et des couronnes de fleurs fraîches — et vont de maison en maison en chantant des chansons anciennes.

Leurs voix résonnaient dans les rues de ma ville comme un écho du passé. Ces chants parlaient d’amour, de santé, de prospérité. On disait que les maisons visitées par les Lazarki seraient bénies pour toute l’année.
Les familles les accueillaient avec du pain, des œufs ou des fruits secs en remerciement. C’était à la fois une fête populaire et un rituel sacré.

Je me souviens encore d’avoir regardé, fascinée, ces filles marcher en file, leurs paniers remplis de fleurs, leurs chants portés par la brise. Elles représentaient la jeunesse, la pureté et la promesse du printemps.
Aujourd’hui, je fais découvrir cette tradition à mes enfants à travers la musique : nous écoutons ensemble des chants folkloriques bulgares, et parfois, ma fille s’amuse à faire des couronnes de fleurs en disant qu’elle veut “être une Lazarka comme maman quand elle était petite”. Ces instants me remplissent de tendresse.


🕊️ Pâques orthodoxe (Velikden) : la lumière, les œufs rouges et la foi

Et puis vient Pâques orthodoxe, qu’on appelle Velikden — littéralement “le Grand Jour”.
À Dobrich, les préparatifs commençaient plusieurs jours à l’avance. Ma grand-mère nettoyait la maison de fond en comble, puis sortait les casseroles et la teinture pour les œufs rouges.
Le premier œuf, celui qu’on teignait toujours en rouge vif, était sacré : elle le passait doucement sur nos visages en disant “pour la santé et la chance”. Il restait ensuite posé près de l’icône familiale toute l’année.

Le samedi soir, les cloches de l’église sonnaient, et les rues s’illuminaient de bougies. Les gens se saluaient d’un “Christos voskrese !” — “Vo istina voskrese !” — et se répondaient avec le sourire.
Le lendemain, c’était la fête : la table débordait de kozunak (brioche sucrée), de banitsa, de viande rôtie et de rires. Et bien sûr, les batailles d’œufs ! On tapait les œufs les uns contre les autres pour voir lequel serait le plus solide. Le gagnant était “le chanceux de l’année”.

Aujourd’hui, je continue cette tradition avec mes enfants. Chaque année, nous teignons nos œufs, et je leur apprends à dire la phrase magique :

“Christos voskrese – Vo istina voskrese !”
Ils adorent cette fête — surtout la bataille d’œufs, bien sûr ! Mais à travers ces gestes simples, je leur transmets aussi la beauté d’une foi joyeuse, et le respect des racines qui nous unissent.


🌸 Le printemps du cœur

Le printemps en Bulgarie, c’est bien plus qu’un changement de saison : c’est un retour à la vie, à la lumière et à l’âme du pays.
À Dobrich, chaque année, les gens accueillaient cette période avec une sincérité et une chaleur qu’on ne trouve nulle part ailleurs. Et même aujourd’hui, loin de là, je garde ce printemps dans mon cœur.

Quand mars revient, que le soleil brille sur les toits du Luxembourg et que mes enfants rient en accrochant leurs martenitsi, je sais que mes racines sont toujours là.
Parce qu’au fond, le printemps bulgare, c’est ça : une fête du cœur, un fil rouge et blanc qui relie les générations, d’hier à aujourd’hui

Et si, comme moi, vous aimez la Bulgarie et ses traditions, vous adorerez mon livre de cuisine typique bulgare, rempli de petites astuces, de secrets transmis par nos grands-mères et d’anecdotes culturelles qui sentent bon la nostalgie et la convivialité.

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