An open book with pages transforming into birds flying out of a window overlooking a countryside landscape at sunset

Pourquoi je reste en auto-édition (et pourquoi ce n’est pas un choix par défaut)

C’est une question qu’on me pose très souvent. En salon, en message privé, parfois même avec un petit air un peu étonné, comme si la réponse allait révéler quelque chose. “Mais pourquoi tu restes en auto-édition ?” Et presque à chaque fois, derrière cette question, il y a une idée un peu installée. Comme si l’auto-édition était un second choix. Comme si c’était le chemin qu’on prend quand on n’a pas réussi à être publié “ailleurs”. Ou pire, comme si les livres en auto-édition étaient forcément moins qualitatifs parce qu’ils ne passent pas par une hiérarchie éditoriale, un comité, une validation officielle.

Je vais être très honnête : cette vision est complètement fausse. Et parfois même, elle passe à côté de l’essentiel.

Déjà, il faut comprendre une chose simple : l’auto-édition, ce n’est pas l’absence de travail ou l’absence d’exigence. Ce n’est pas écrire un texte et le publier sans réfléchir. C’est juste que toutes les décisions reposent sur une seule personne : l’auteur. Et ça change absolument tout. Parce que quand on passe par une maison d’édition, il y a forcément une ligne éditoriale, une direction, une logique de marché. C’est normal, une maison d’édition est une entreprise, elle doit vendre, elle doit fonctionner. Donc un texte peut être retravaillé, ajusté, parfois même modifié en profondeur pour correspondre à ce qu’on attend de lui. Pas parce qu’il est mauvais, mais parce qu’il doit entrer dans un cadre.

En auto-édition, ce cadre n’existe pas. Et c’est précisément ça, la force.

On n’écrit pas pour rentrer dans une tendance. On n’écrit pas en se demandant si tel type de personnage va plaire, si telle scène est “acceptable”, si telle ambiance est suffisamment vendeuse. On écrit comme on ressent les choses. Avec son rythme, avec sa sensibilité, avec ses choix, même quand ils ne sont pas faciles, même quand ils dérangent. Et dans des univers comme la dark romance, où l’émotion est brute, où les relations sont complexes, parfois toxiques, parfois inconfortables, cette liberté est essentielle. Parce que dès qu’on commence à lisser, à adoucir, à transformer pour plaire au plus grand nombre, on perd une partie de ce qui rend une histoire vraiment marquante.

Il y a aussi la question du style, qui est souvent sous-estimée. Chaque auteur a une voix, une manière d’écrire, une façon de construire ses phrases, de faire monter une tension, de créer une émotion. Et cette voix, c’est ce qui crée le lien avec les lectrices. C’est ce qui fait qu’on reconnaît un texte, qu’on s’y attache, qu’on s’y plonge. Quand un texte passe par plusieurs filtres, même bien intentionnés, il peut arriver que cette voix soit un peu lissée, un peu uniformisée. En auto-édition, elle reste intacte. Elle évolue, elle s’affine avec le temps, mais elle reste authentique. Et c’est souvent ça que les lectrices ressentent sans forcément savoir l’expliquer : ce côté brut, vrai, pas formaté.

Un autre point dont on parle beaucoup moins, et qui pourtant change énormément l’expérience, c’est le rythme de publication. Quand on lit une saga publiée en maison d’édition, il peut se passer des mois, parfois des années, entre deux tomes. Et en tant que lectrice, on connaît toutes ce moment où on attend, où on oublie des détails, où l’émotion retombe un peu. En auto-édition, on a cette liberté de gérer notre rythme. Si une saga est prête, on peut décider de la sortir plus rapidement, d’enchaîner les tomes, de garder cette continuité émotionnelle. Et ça, c’est un vrai confort pour celles qui lisent. L’histoire reste vivante, les personnages restent présents, et l’immersion est beaucoup plus forte.

Il y a aussi un sujet qu’on aborde rarement, peut-être parce qu’il est un peu moins “romantique”, mais qui est pourtant essentiel : les revenus. Quand vous achetez un livre en maison d’édition, le prix est réparti entre plusieurs acteurs : l’éditeur, le distributeur, le libraire… et l’auteur. Et l’auteur, justement, ne touche qu’une petite part. C’est le fonctionnement du système. En auto-édition, c’est différent. Quand vous achetez un livre, vous soutenez beaucoup plus directement la personne qui l’a écrit. Celle qui a passé des mois dessus, qui a construit chaque scène, chaque personnage. Ce n’est pas une opposition, ce n’est pas une critique du modèle traditionnel, c’est simplement une réalité que peu de gens connaissent.

Mais au-delà de tout ça, il y a quelque chose de plus simple, de plus personnel. Si je suis en auto-édition, c’est parce que j’en ai envie. Parce que c’est le mode de fonctionnement qui me correspond. J’écris des histoires intenses, parfois sombres, souvent émotionnelles, qui ne rentrent pas toujours dans des cases bien définies. Et j’ai besoin de cette liberté pour les écrire comme elles doivent être écrites. Sans les adoucir, sans les transformer, sans les rendre plus “faciles” juste pour correspondre à quelque chose.

Et surtout, l’auto-édition me permet d’être proche de vous. De répondre, d’échanger, de partager en direct, sans intermédiaire. Quand je vois vos messages, vos réactions, vos émotions après une lecture, je sais que ce lien-là est précieux. Et qu’il fait partie de tout ce que j’ai construit.

Alors non, l’auto-édition n’est pas un choix par défaut. Ce n’est pas une solution de secours. Pour beaucoup d’auteurs, et clairement pour moi, c’est un choix réfléchi, assumé. Le choix d’être libre dans ce qu’on écrit, dans la manière dont on publie, dans la relation qu’on construit avec ses lecteurs.

Et au fond, la vraie question n’est peut-être pas de savoir comment un livre a été publié.

Mais plutôt ce qu’il vous fait ressentir quand vous le refermez

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